tome_1Kabylie, 1957. Le lieutenant Messonier et sa section ont disparu depuis bientôt un mois. Désertion? enlèvement? attaque des fellagas? rebellion? Valera et ses hommes sont chargés de retrouver les disparus et de faire la lumière sur cette histoire. Commence alors un périple rude et difficile où les personnalités et les cultures s'entrechoquent avec fracas, une épopée humaine où les coeurs comme les armes parlent sans sommation.

L'histoire que Franck Giroud (Le Décalogue, Louis La Guigne) nous sert ici n'est en fait qu'un prétexte pour se replonger dans les régions montagneuses de l'Algérie en guerre, où  son père a combattu étant jeune. Solidement documenté (Giroud est par exemple allé sur place interroger d'anciens fellaghas), le récit n'en est que plus fort. On en retiendra le caractère trempé des différents personnages, l'intensité dramatique habilement mise en place, la très forte véracité des dialogues, et surtout la volonté de montrer tous les aspects de la guerre d'Algérie dans cette région de Kabylie dans un soucis évident d'objectivité, sans poser aucun jugement de valeur sur personne. Et c'est très réussit.

montagneLa force d'Azrayen vient aussi en grande partie de la patte de Lax (Le Choucas, L'Aigle Sans Orteils) qui, à travers un très beau sépia magnifié par des touches de lumières habiles, nous sert de superbes compositions fourmillant de détails. On passe ainsi de vertigineuses vues panoramiques à d'autres toutes en longueur, de plans d'ensemble géniaux à des gros plans qui se fixent sur une action, un personnage, un visage, le tout laissant une impression de parfaite symétrie, avec des cadrages habiles et audacieux. Le trait est brisé, hérissé, aussi chaotique que les décors dépeints, avec des lignes allongées, exagérées, qui donnent du mouvement à l'ensemble. Il faut aussi noter l'importance des premiers et des arrières plans où toute la vie de la Kabylie est mise en scène ; des images rarement au centre de l'action mais qui amènent une ambiance, des impressions, comme s'il s'agissait des décors naturels du pays.

C'est cette association du trait dur et expressif de Lax et du scénario au plus proche de la réalité de Giroud qui donne à Azrayen cette envergure, cette qualité, cette sensation qu'on vient de lire une très grande BD. Et ce n'est pas qu'une sensation.

Les deux tomes de Azrayen sont parus dans la prestigieuse collection Aire Libre des éditions Dupuis en 1998 et 1999 avant d'être réédités en 2004 sous forme d'intégrale. À noter également que l'ACBD (Association des Critiques et des journalistes de Bande Dessinée) a décerné le Grand Prix de la Critique au premier des deux tome en 1999.